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Le revenu universel gagne du terrain

7 Octobre 2021, 23:01

Benoît Hamon a-t-il eu raison trop tôt ? Lors de la campagne pour la dernière élection présidentielle, le candidat du Parti socialiste avait fait du revenu universel, comme de la taxe sur les revenus issus des robots, une proposition phare de son programme. Il proposait la création d’un revenu universel d’existence (RUE) de 600 à 800 euros mensuels, dans une première étape pour ceux dont les revenus sont inférieurs à 2 200 euros net. Jugé utopiste par les uns ou trop coûteux par les autres, le revenu universel – dont l’idée remonte au XVIe siècle avec Thomas More suivi par John Stuart Mill ou John Locke – est aujourd’hui plus que jamais sur le devant de la scène, en France comme en Europe, notamment en raison de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques. 

Le Covid-19, en effet, a jeté dans la précarité et l’insécurité des milliers de personnes qui ont perdu leur emploi. Un revenu de base agirait dès lors comme un filet de sécurité par gros temps mais aussi permettrait de corriger les inégalités sociales. Qu’on l’appelle revenu de base, revenu universel, minimum ou citoyen, il a déjà été expérimenté ou l’est actuellement par plusieurs pays dans le monde, de la Finlande à l’Italie, des Etats-Unis à la Corée du Sud.

Depuis les années 2000, plusieurs économistes, en France, se sont déclarés favorables à un revenu de base, comme Jacques Marseille qui proposait de verser 750 € à chaque Français de sa majorité à sa mort, Bernard Maris ou Esther Duflo et Abhijit Banerjee, co-lauréats du prix Nobel d’économie en 2019. Hier dans Les Echos l’économiste Philippe Aghion, professeur au Collège de France et l’un des inspirateurs du programme économique d’Emmanuel Macron, s’est rallié à l’idée. « Je soutiens la création d’un revenu universel d’insertion pour les jeunes, comme au Danemark. Ce dispositif pourrait constituer un outil puissant d’orientation des étudiants », indique Philippe Aghion, qui chiffre le coût du dispositif à environ 7 milliards d’euros et voit en lui « la grande réforme sociale post-Covid de la fin du quinquennat. »

L’idée du revenu de base a par ailleurs ceci de particulier qu’elle transcende les clivages politiques. Si on trouve de longue date nombre de ses partisans à gauche, au PS ou chez EELV, il y en a aussi au centre et même à droite. Christine Boutin, ex-présidente du Parti chrétien-démocrate évoquait en 2003 un « dividende universel du berceau à la tombe » quand l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin parlait en 2011 d’un « revenu citoyen ». Le créateur du think tank libéral GenerationLibre, Gaspard Koening, défend l’idée d’un revenu universel sous forme d’impôt négatif pour décider de sa vie sans dépendre économiquement du bon vouloir d’un employeur ou de l’Etat.

Car au-delà du périmètre des publics concernés par le revenu universel et de son montant sur lequel chacun a son idée, la question de son financement reste toujours en suspens : remplacement des aides sociales existantes (RSA, chômage, APL…), utilisation de certains impôts existants ou nouveaux (hausse de la TVA, recettes du futur impôt sur les sociétés adopté tout récemment par le G7) ? Les pistes sont nombreuses et méritent réflexion.

Cette réflexion justement paraît trop lente à certains qui veulent répondre à l’urgence maintenant. Un collectif de quinze présidents PS de conseils départementaux et la maire de Paris, Anne Hidalgo, viennent de réclamer le droit d’expérimenter des solutions nouvelles au niveau départemental, notamment ouvrir le RSA aux jeunes de 18 à 25 ans et créer un revenu de base.

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